Daniel Cordonnier

Paintographer

Chaudronnier est mon premier métier. Transformer le métal me passionne et je travaille durant une dizaine d’années dans des industries les plus variées : aéronautique, nucléaire, automobile, pharmaceutique, alimentaire, etc. Cette période me permet, à travers la modification du métal, d’intégrer l’immatérialité des éléments et de voir les objets au-delà de leurs formes. Dix ans plus tard, je crée une entreprise de climatisation que je dirige et développe. Attiré par le contact humain, j’assure comme fonction principale celle de directeur commercial. A 50 ans, la cession de cette entreprise me permet de partir et de débuter une nouvelle vie. Mon premier désir est de découvrir d’autres cultures, de fuir les grandes villes et d’ être au plus proche de la nature. Durant deux ans, je vis dans le nord de Madagascar. Les grands espaces sauvages, les lémuriens, me ramènent aux rêves de mon enfance. Je découvre la lumière qui sculpte des visages dont la vie est une épreuve. Cela me bouleverse. Je poursuis mes voyages, toujours plus loin, ailleurs. Je découvre l’ Asie et l’Asie me découvre à moi-même. Thaïlande, Népal, Inde, Birmanie… Je m’installe dans le Sud de l’Inde, envoûté. Je photographie, plus que jamais, et les lieux que je traverse m’habitent. Je les traverse autant qu’ils me traversent. Je change. Je cherche à faire partager cet échange. Rendre visible l’invisible.

"Les images de Daniel Cordonnier nous renvoient à la naissance de la photographie et aux grandes questions esthétiques qui l’ont entourée. Procédé scientifique et mécanique, instrument de reproductiblité du réel, la photographie s’est trouvée en effet d’abord niée dans sa dimension artistique, acculée au réalisme que sa technicité permettait. A elle la captation fidèle de la réalité visible; à la peinture la possiblité de restituer des émotions et de transcrire des sensations. Il a fallu un fort engagement esthétique pour ériger la photographie en une pratique égale à la peinture, non pas comme une rivale d’ailleurs mais dans une fraternité de recherches, de références et d’influences réciproques. C’est le pictorialisme qui fut le creuset dans lequel cette dimension émergea. C’est à ce grand courant qu’on peut rattacher la démarche de Daniel Cordonnier. Ses interventions créatives sur le procédé photographique rejouent en effet celles des pictorialistes avec les moyens numériques d’aujourd’hui, sans subtitution avec quelconque logiciel. Elles inscrivent ses images dans un champ artistique proche de l’abstraction où se révèle un inconscient du monde, son invisible. Ainsi, elles donnent à voir l’immatérialité d’un paysage ou d’un lieu. Les vibrations qui le parcourent aussi bien que les sensations qui étreignent ceux qui le traversent sont comme capturées et impressionnent la pellicule, devenue plus que jamais une surface sensible. Quelque chose se fixe, prend corps qui n’existait qu’en rêve et nous est révélé. Auras des êtres et des choses, présences fantomatiques, écho fugace des déplacements et des mouvements de l’âme, traces de nos vitesses et de nos lenteurs, souvenirs de nos aspirations subtiles à ce qui est plus grand que nous… L’appareil photographique de Daniel Cordonnier devient ainsi un oeil magique." N.M